Che

Publié le par Spark


 

Che - Steven Soderbergh






Partie 1 - L'Argentin [Sortie le 9 janvier 2009]



 

Déjà, c'était un plaisir d'avoir droit à une VO en Espagnol, et puis Benicio del Toro incarne pas mal du tout Ernesto Guevara; au delà-de la ressemblance physique, de l'imitation des postures et des intonations, il convainc dans sa façon d'évoquer la révolution et dans ses longs regards vers l'horizon.

Le film se déroule sur un peu moins de deux heures, et Steven Soderbergh a réussi à éviter autant que faire se peut un biopic linéaire.
On est bien un peu perdus dans le temps, au début, mais l'alternance de scènes à l'ONU et dans la jungle, dont les propos sont très souvent complémentaires (au point que le son d'une scène va venir en voix off sur l'autre) montre avec assez d'habileté sans trop prendre le spectateur pour un crétinou la façon dont la prise de Cuba et plus généralement la révolution guévariste a été menée: sur tous les fronts.

La victoire, elle ne s'est pas faite selon le Che (et selon Soderbergh) dans les salons feutrés de New York ou à travers les grèves massives, mais bien à l'aide de la guerilla.

De là part une bonne partie de la réflexion du film: comment est menée une guerilla, de quels problèmes elle peut être la solution et quelle est la nature du sentiment qui meut les guerilleros.
L'histoire avance avec la progression du Che, de Castro - dont on perçoit les premières trahisons - et de leurs compagnons, à travers la jungle, les plantations de sucre, les villes tenues par des militaires souvent aussi cruels que les guerilleros. C'est bien fichu, bien filmé (malgré une caméra embarquée super agaçante au début), franchement prenant.

A cela se mèlent des propos qu'on pourra facilement attribuer au véritable Che, touchant à l'idéologie de la révolution cubaine: haine de l'oppresseur, la patrie ou la vie, le capitalisme dénaturant l'homme...

En gros, c'est un film sympathique, ça fait toujours du bien d'entendre parler de soulèvement contre l'opresseur, de liberté et d'amour de temps.

Sans tomber dans le classicisme pur et dur, qui serait franchement ennuyeux, ce film présente quand même de gros défauts.
D'abord, c'était vraiment pas la peine de mettre en scène des personnages archétypiques. Ils ont probablement tous existé, mais ce serait quand même fou que la bande des proches du Che se soit composée d'un comique, d'une jolie fille amoureuse et jamais décoiffée même en combat, de deux gosses super courageux, d'un gentil peon téméraire et d'un traitre aviné...
Quand on voit le manque de réalisme de nombreux personnages, on a du mal à ne pas se dire que le Che est dépeint de la façon la plus vraie qui soit.

Le film est tiré d'un de ses livres, et je pense franchement pas que ce ne soit qu'un tissu de mensonges. Je ne suis pas de ceux qui pensent que ses histoires (hors de ce film) ont été enjôlivées, je crois que Che Guevara était vraiment plein de convictions et d'amour pour la liberté. Je pense qu'il était très intelligent, qu'il croyait réellement y arriver et qu'éduquer un peuple pouvait le libérer de l'opresseur.

Dans le film, on voit aussi les points sombres: exécutions sommaires, justice révolutionnaire expéditive, sévérité et mépris du Che pour ceux qui avaient peur de combattre. Qu'on n'y décèle pas de cruauté peut être trompeur... ou pas!

Si enjôliver la réalité c'est prendre le risque de laisser plus de prise aux détracteurs... faudrait-il amocher une histoire pour la rendre plus crédible?

Et puis bien sûr que le Che, c'était pas un enfant de chœur, mais pour le peu que j'en sache, faut voir qui il avait en face: juntes militaires, CIA et autres polices secrètes. Faut mettre les choses dans leur contexte, un peu. Violent... et alors? Ça ne contredit en rien ses propos. Et c'est pas Che Guevara qui a décidé d'être en photo sur des posters ou des sacs à dos de lycéens.

Personnellement j'étais pas allée voir ce film avec l'espoir d'avoir droit à "la vérité sur le Che", j'ai déjà mon idée sur la question et c'est pas un biopic qui va me fixer, donc j'ai été satisfaite...






Partie 2 - Guerilla [Sortie le 28 janvier 2009]

Autant le premier volet est bon mais sans plus, autant celui-là est très bon. Les 2h07 ont filé sans que je les vois, alors que malgré son titre, cette partie Guerilla montre beaucoup moins de scènes d'action.

Ce qu'on observe ici, c'est le combat désespéré qu'a tenté de mener le Che dans les montagnes bolivien
nes, entouré d'une poignée d'hommes séduits par son aura révolutionnaire, mais difficiles à diriger. Dans L'Argentin, la guerilla paraissait difficile, ici elle devient presque impossible à gérer: indiscipline des hommes, rigueurs climatiques et paysans terrifiés par l'armée en place. Quand l'armée américaine et la CIA commencent à s'en mêler et à prêter main forte au président Barrientos, le piège se referme inexorablement sur les rebelles. Les grèves des mineurs sont matées dans le sang, les groupes de guerilleros massacrés un à un.

Pour entourer le Che, plus de personnages clichés, uniquement des hommes valeureux mais de plus en plus faibles, dont les errements font prendre conscience du caractère désespéré de l'entreprise.

Quant au personnage principal lui-même, fini l'homme-entité qui mène ses hommes au combat avec un charisme quasiment divin. Le Che, même s'il est reconnu par ses hommes, se bat sous des noms d'emprunts. La première scène du film le montre déguisé, méconnaissable, et le surprend à être vulnérable. Il galvanise toujours ses troupes, mais d'une façon plus sentimentale, presque plus douce. La tristesse qu'il éprouve à la mort de ses hommes transparaît par moments. Benicio del Toro est vraiment bluffant, plus taciturne que dans le premier épisode, mais ses regards sont tout aussi éloquents.

L'idée de sacrifice s'installe rapidement sur son visage aux traits de plus en plus marqués par la fatigue et la maladie. Un sentiment d'impuissance s'installe en lui, sa colère ne déborde qu'une fois au cours du film, dans l'une des scènes les plus belles des deux volets. Au moment de sa capture, seuls ses yeux le différencient de l'épave humaine.

Soderbergh filme le tout avec un certain talent, agite peut être encore un peu trop sa caméra, il s'attarde moins sur les évènements historiques et opte pour quelque chose de plus sensible. Il souligne sans être trop démonstratif l'inégalité de la lutte engagée par Guevara et ses camarades: les militaires boliviens grouillant dans les collines autour du vallon dans lequel se sont réfugiés les guerilleros, la vulnérabilité des hommes lors de leurs passages à découvert, le dénuement des paysans, et enfin, la sensation qu'a le spectateur qu'en tuant le Che, ils ont aussi eu raison d'une partie de nous-mêmes.






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S
ça fait du bien, je crois, de voir de temps en temps un film qui parle de grandes choses ^^
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S
J'aimerai tant aller le voir... *-*
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