Bananier!

Publié le par Spark



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Tranquillement encanapée, je regarde leurs visages. Ils sourient tous, ce soir. Les organisateurs nous apportent à chaque instant un nouveau détail sur la préparation du repas : les amandes dans les olives, les sauces qui vont avec les bâtonnets de surimi, le pain de mie aux figues, la préparation des toasts au saumon et le porto dix ans d’âge. J’en demande un verre, mon voisin fait de même. On nous sert en précisant : « Je ne sais plus quel verre est à qui, mais après tout, au point où vous en êtes ! ». Je fais la grimace, n’appréciant que modérément ce genre d’allusions finaudes à notre amourtié. Le porto est délicieux, son rubis a un goût de caramel, il s’étale avec volupté sur ma langue, je le savoure en me félicitant de ne pas avoir trop bu pour en profiter véritablement.

Après deux gorgées, je me lève pour jeter un œil au dessert, qui nous attend sagement au frais, sur le toit. Comme il pleut, je rapatrie le plat dans le frigo et retourne à la fenêtre, profiter de l’air frais.

- Tu veux pas qu’on aille sur le toit ?

Je ne l’avais pas vu arriver, je rigole.

- T’as vu comme je suis habillée ? Je vais crever de froid !

- Moi aussi j’aurai froid, m’affirme-t-il en mâtinant sa réponse d’un de ces souravageurs dont lui seul a le secret.

Rien n’y fait, je secoue la tête.

- On ira en 2009, promis !

 

Tout doucement, les convives commencent à s’enivrer. Le maître de maison, qu’on vient de qualifier de mauvais imitateur, imite le chameau et blablatère un incompréhensible baragouin sous le regard consterné de sa copine. Dans leur coin, d’autres chantent Blondie à tue-tête sur le nouveau Guitar Hero, en poussant des trémolos sexuellement ambigus. Un inconnu aux allures de vampire qui aurait trop végété dans son manoir débarque – qui l’a laissé rentrer ? La question fait toujours débat. –, distribue des clopes et propose des joints. Il appelle les filles « chérie », trouve qu’un des fêtards ressemble à John Travolta version arabe. On finit par le virer gentiment, il part en galopant, le goulot d’une bouteille de Jameson à moitié vide dans la main. On tente un jeu, quelqu’un provoque la risée générale en demandant qui est ce fameux Kadavresky qui compte boire le vin nouveau.

 

Quelqu’un crie qu’il est moins dix. On file vers la chambre où sont entassés les manteaux en se bousculant joyeusement. On descend les escaliers en parlant très fort, mais les voisins restent plus invisibles que jamais. On en perd quelques uns en route, une convive s’est endormie vers vingt-trois heures, après avoir bu plus que de raison.

Arrivés dehors, on pousse de grand cris : il neige ! Une vraie belle neige, avec de gros flocons qui tiennent sur le sol. Les décorations de Noël encore allumées ajoutent une touche de magie au décor. On patine sur le sol en se hâtant vers la grande place où convergent la plupart des fêtards du centre ville. On se prend par le bras, on crie aux trainards de se dépêcher, les minutes s’égrainent si vite !

 

Sur la place toute blanche, au centre de laquelle se dresse un immense sapin ruisselant de lumière, nous nous fondons parmi les groupes déjà sur place. Certains ont sorti les flûtes à champagne, d’autres déjà bien éméchés, partisans de l’enivroeument de Nouvel An, tiennent fermement leurs bouteilles entamées. Des familles entières sont dehors, les enfants sont tout excités. Des vieux vêtus comme pour une messe dominicale côtoient des étudiants affublés de perruques rouges. Un cordon de policiers soulagés de ne pas avoir été envoyés dans les quartiers les plus chauds de la ville attend placidement sur le côté. Les trémolos d’un tube de Téléphone, qui popent par les fenêtres grandes ouvertes d’un appartement viennent se mêler aux notes de la radio des pompiers mise à fond. Une troupe d’étudiants armée d’un accordéon, de deux grattes sèches et d’un cornet à piston vient ajouter sa touche à la cacophonie.

 

Peu à peu, la foule passe en 2009, les décomptes désaccordés finissent par se synchroniser : une année de passée ! On s’embrasse en se jetant les uns sur les autres, euphoriques et tendres, sur la joue, sur le front, sur la bouche et dans le cou. On se dit « je t’aime », on fait sauter le bouchon du crémant, on danse et on s’enlace.

 

La foule nous absorbe, disloque notre groupe, qui s’éparpille dans les petites rues du centre ; on sait où se retrouver, plus tard, pour prendre au chaud notre dessert. Les cloches de la cathédrale sonnent à toute volée, ça fusète et ça badaboume dans tous les sens. Des groupes d’inconnus nous croisent et nous enguibrassent, certains hurlent que c’est la crise et qu’on s’en fout, les alarmes des magasins se déclenchent, on s’étreint encore deux, trois fois. Pas de bilans déprimants ni de bonnes résolutions: cordialement, nous bradonhorons l'année 2009.

 


Une anecdote à raconter, cinq mots imposés et dix à inventer... le défi de la semaine de Nandra n'aura pas été facile à relever!

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E
Je suis en retard! Désolée Spark...surtout que j'avais lu ton texte dimanche soir, mais, trop crevée, j'ai eu la flemme de laisser un com! Donc, au risque de répéter ce qu'ont dit les autres, très agréable à lire, les mots imposés et les néologismes passent tous seuls, belle ambiance joyeuse et légère! J'aime tout particulièrement le souravageur!
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N
En retard, mais voilà mon commentaire... mieux vaut tard que jamais non (* se rattrape comme elle peut*)<br /> <br /> Un joli texte, agréable à lire et très imagé, comme toujours :) j'aime beaucoup le mot "amourtié", ça manquait dans le vocabulaire de la langue française, je trouve. <br /> <br /> Tu t'en es bien sortie, bravo, et j'attends de voir ce que tu nous auras fait pour le prochain exercice !
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I
Texte très sympathique à lire et qui m'a replongé un mois en arrière même si mon nouvel an ne c'est pas passé tout à fait comme ça... encore que...<br /> Bref ton texte ce lit tout seul,et les mots à inventer ou à placer c'est impec aussi^^<br /> et je confirme défi difficile, n'ayant pas réussis je te dis chapeau!!
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