Disparition

Publié le par Spark

DSCN4039.JPGJ'ai reçu ce matin des photos de cet été.

Nous sommes perchés au sommet d'un promontoire rocheux, qui nous offre une vue splendide sur les Vosges. Nous avons baffré comme des fous, sous les assauts du vent un peu froid, pain, pâté, bière et saucissons, comme de vrais randonneurs. 

Nous arpentons un plateau fleurant bon la bouse de vache, nous nous invectivons et faisons la course avec d'autres marcheurs.

Nous avons gravi la crête et atteint son sommet. Après quelques accrobaties, nous nous sommes installés quelques minutes pour contempler le lac blanc, en contrebas. Grand débat: qu'est-ce qui est plus beau, de la mer et de la montagne? Devant la splendeur du paysage que nous avons vaincu, tablettes de chocolat à la main, nous hésitons.

Nous avons dégringolé la pente jusqu'aux rives du lac. Bain de pieds, capture de salamandres, construction de navires. Nous regardons l'un d'eux couler, repêchons une chaussure qui a voulu le rejoindre, et quittons les Vosges en chantant dans la voiture.

Nous sommes vautrés dans une herbe d'un vert improbable, quelques morceaux de nos corps offerts avec bonheur au soleil, des sourires proches de la béatitude étalés sur nos figures. L'un de nous a passé derrière son oreille un brin de houblon, on se demande si ça se mange, mais comme il a ramené des poires, nous nous rabattons sur une valeur plus sûre.

Nous sommes attablés autour d'un petit verre de Sylvaner, il fait nuit. L'un fait rire la galerie avec de bonnes vannes, l'autre fait des grimaces. Un troisième joue les paparazzis, parce que l'été est fini, il va repartir. Les non-dits se sont accumulés; il y en a déjà trop.

On dort tous à moitié, allongés sur le sol du studio. Quatre d'entre nous ont prolongé les vacances en se revoyant toutes les semaines, même endroit, puis juste même heure. Les accords de Flea se dématérialisent dans le brouillard.

L'atmosphère se refroidit, l'ambiance aussi. Tout est plus feutré, les gestes et les mots sous-entendus ne se font plus discrets. Un amour est déclaré à contrecoeur, une confiance et brisée.

L'été n'a jamais su mourir seul.


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Publié dans Grains de sel

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