Hygiène de l'assassin - Amélie Nothomb

Publié le par Spark

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    - Alors, ça y est, tu as enfin lu un Nothomb.
- A t'entendre, il était temps.
- Quand même, c'est l'un des auteurs contemporains français les plus lus.
- Comme Werber, oui, une sorte d'usine à livres, qui a son charme au début, mais qui finit par lasser.
- Tu ne peux pas dire ça après n'avoir lu qu'un roman, dans le cas de Nothomb.
- En effet.
- Alors, tu en as pensé quoi, d'Hygiène de l'assassin?
- C'est bizarre.
- Tu as aimé ou non?
- Oui et non.
- Pourquoi?
- L'histoire prend plusieurs chemins, j'en ai aimé certains, d'autres moins.
- Tu as été freinée par la forme, c'est ça?
- Pas vraiment. Le fait qu'il n'y ait pour ainsi dire que des dialogues n'est pas foncièrement gênant pour un huis-clos. Par ailleurs, il est clair qu'elle connait son affaire, en la matière. Non, c'est plutôt les idées, ce qui est raconté et exprimé.
- Le personnage de Pretextat Tach t'a énervée?
- Bien sûr, mais c'était voulu. Au contraire, j'étais ravie de ressentir de l'agacement, puis du dégoût, ainsi qu'une certaine jouissance au début de la cinquième interview, celle avec Nina.
- Nina alors?
- Ah non, elle, elle est géniale. Elle a une répartie que jubilatoire, c'était un vrai plaisir de voir sa manière de dominer totalement son adversaire dans cette terrible joute verbale. Non, en fait, ce qui m'a quelque peu déplu, c'est la deuxième partie du bouquin. La manière dont une démonstration de masturbation intellectuelle un peu agaçante, puis plus agréable ensuite, tourne à l'enquête policière. Pretextat Tach prétend qu'il y a un tueur derrière chaque Nobel de littérature, et il ne faillit pas à la règle. Pourquoi? Elle se simplifie la vie, la Nothomb. Elle trouve une excuse, une explication. Un écrivain qui choque, qui donne la gerbe tellement ce qu'il écrit est dégueulasse, pourquoi ne le ferait-il pas ça gratuitement? Je pense personnellement que c'est le cas, pour faire vendre, car c'est ce qui marche aujourd'hui. Ces gens-là ne sont pas de vrais rebelles à mon goût. Ce qu'un Houellebecq fait, c'est moche, et pas louable.
- Houellebecq a peut être lui aussi un passé sombre...
- Il est peut être névrotique, hein, mais sûrement pas psychopathe. C'est donner trop de mérites à ce genre de type, et Pretextat Tach me semblait être ce personnage. Je pensais vraiment que Nothomb oserait s'attaquer à ce genre d'écrivains, et c'est comme ça que ça semblait parti, au début de l'entretien de Nina.
- Tu penses qu'elle s'est dégonflée?
- Je ne sais pas. C'est peut être involontaire de sa part, après tout, c'est son bouquin. Et puis bon, ce qui m'a énervée aussi, c'est la fin. La boucle qui se boucle. Nina qui perd, finalement.
- Peut être que justement, ça rejoint ce que tu disais. Peut être que c'est là que Nothomb critique réellement ce genre d'auteurs...et son lectorat qui se laisse avoir.
- Tiens, peut être. Tu peux avoir raison; si on interprète la fin d'une certaine manière, on peut se dire que si ces auteurs monstrueux ont du succès, c'est parce que les lecteurs adorent qu'on leur balance des ordures à la figure. Ils ne lisent pas vraiment, comme dirait l'autre, sinon ils se rendraient compte.
- Donc, finalement, ce n'est pas si mauvais et décevant.
- Un peu tout de même, mais ça me donne envie d'en essayer un autre. Et de lire Céline, aussi.
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Publié dans Lectures

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