Archipel (III)

Publié le par Spark

Mais voui, j'ai réussi à pondre un troisième chapitre! En fait, je suis trop attachée à ce début d'histoire pour avancer rapidement. Faudrait vraiment que je bâtisse quelque chose de solide avant de poursuivre, histoire de ne pas tout gâcher. Pour l'instant mes idées ne me satisfont pas.


Démarrage

 

 La lumière, un courant d’air frais, une odeur de désinfectant et une pénible douleur…tout tourbillonna, ralentit progressivement, le plafond retrouva sa place, ainsi que le sol.

Nyle émit un gémissement en reprenant conscience. Il distingua peu à peu, dans les filets blafards du jour naissant, les éléments du décor qui l’entourait. Des voilages aux fenêtres, ondulant dans l’air frais, des murs blancs et nus, un yucca à côté de la porte, des armoires métalliques et un grand type avachi dans un fauteuil, ronflant comme un soufflet de forge. Blotti au creux de ses bras croisés, somnolait le petit loir, qui aida Nyle à se rappeler progressivement.

L’homme de la ruelle, celui qui lui avait piqué son portefeuille ! Que faisait-il à son chevet ? Et où étaient-ils, là ? Pas dans un hôpital, c’était bien trop confortable, et puis un homme de main de Rakhan se serait déjà chargé depuis longtemps de lui loger une balle dans le crâne… Une clinique, alors ? Pour guérir de quoi ? Ah, oui le genou. Nyle se mordit la lèvre inférieure pour ne pas crier. La nausée lui contracta le ventre, mais il avait déjà vomi jusqu’à sa bille, et ne souhaitait pas découvrir ce qu’il y avait après. C’est donc avec cette révulsion inassouvie qu’il laissa les images de la nuit revenir en un flux dense et cruel.

Ce type, avec son air de bête aveugle, lui avait flanqué une trouille de tous les diables…Bon sang, il avait même commencé à avouer ! Qu’aurait-il raconté à Zemlin s’il n’y avait pas eu cette explosion ? Il n’osait par ailleurs même pas imaginer ce qu’il lui aurait fait, une fois toutes ses cartes abattues. Et cette intervention miraculeuse, alors ? Dieu avait-il donc l’apparence de ce balourd qui roupillait paisiblement, son rongeur sur la bedaine ?

Beaucoup trop de questions lui tiraillaient l’esprit, Nyle manqua de tourner de l’œil à nouveau.

- Ah, tu es réveillé.

L’autre avait ouvert un œil noir et le contempla avec une méfiance placide, avant de se lever et de se diriger vers lui. Nyle esquissa un geste pour se redresser et obtint pour seul résultat de se trouver encore plus mal. Le visage fermé du veilleur dansa au milieu des grosses taches noires qui lui obstruaient la vue, ses lèvres s’agitèrent.

- Vu l’état dans lequel est ta jambe, je te conseille de ne pas trop gigoter.

Il poussa un tabouret à côté du lit et s’y assit. Le petit loir sauta sur la table de chevet et entreprit de se nettoyer les moustaches. Nyle lui lança un regard sombre avant de se tourner vers l’homme.

- Qui es-tu ?demanda-t-il, surpris par les accents rauques de sa propre voix.

- Je m’appelle Levan, et toi ?

Nyle se tint coi, l’observant avec méfiance. Sur ses traits tirés par la souffrance planaient encore peur et dégoût. Son interlocuteur soupira.

- Tu n’as rien à craindre, ici, tu es à l’abri.

- C’est bien la dernière chose dont je sois certain, avec toi et ton loir au pied de mon lit, répliqua Nyle.

Levan cilla. Même après être passé si près de la mort, l’homme aux boucles noires continuait d’être agressif et hautain. Il se massa les tempes, histoire de se calmer.

- Ecoute, je t’ai veillé toute la nuit, et c’est grâce à moi que la police t’a retrouvé avant que Zemlin ne te règle définitivement ton compte.

- Ah oui ? Et comment ? Je n’ai pas été suivi.

Levan fouilla la poche de sa chemise noire et en tira un petit fragment de papier, qu’il tendit à Nyle. Celui-ci s’en empara, reconnut les caractères griffonnés dessus et haussa les sourcils.

- Flûte, j’aurais du vérifier que tu avais tout remis dans le portefeuille avant de prendre la poudre d’escampette…

Levan haussa les épaules.

- Si cela avait été le cas, on ne t’aurait pas retrouvé du tout. J’ai rapidement fait le lien entre toi et le Tueur de parrains, et les initiales de ce papier correspondaient à celles de Rakhan, ainsi qu’à une date. Je n’ai plus eu qu’à demander à la police de surveiller sa propriété jusqu’à ce que tu pointes ton nez.

- Merci bien, mais tant qu’à faire, ils auraient pu intervenir avant que je me fasse démolir…

- Le Sergent Zaïn tenait à te laisser une chance de faire ton sale boulot. Rien dans notre contrat ne précisait le moment où elle devait te récupérer.

Nyle poussa Nouh’ du dos de la main, pour atteindre son verre d’eau. Levan attrapa la petite bête, qui poussait des couinements vexés et la posa sur son épaule avant qu’elle ne dévore un doigt du blessé.

- Un… contrat ?

Nyle plissa les yeux jusqu’à ce que ses iris ne soient plus que deux fentes argentées. Son massif interlocuteur posa ses mains à plat sur ses cuisses et se racla la gorge.

- Une sorte d’accord, oui. Je donnais au Sergent Zaïn des renseignements sur ton prochain forfait pour qu’elle puisse coffrer le plus de mafieux possible en profitant de la pagaille générale, peut-être même se débarrasser de Rakhan, en échange de quoi elle t’arrêtait et me laissait te récupérer. Bien qu’elle ne l’ait pas fait de gaieté de cœur, elle t’a emmené dans une clinique clandestine, dont elle et moi sommes les seuls à connaître l’adresse.

Nyle renifla, maussade, avant de boire quelques gorgées, histoire de chasser le goût nauséeux qui agressait ses papilles.

- C’est fou ce que ça peut ressembler à un enlèvement, jeta-t-il.

Puis, comme Levan ne répondait pas, son regard indéchiffrable vissé sur les mains du blessé, il poursuivit :

- Qu’est-ce que tu regardes comme ça ?

- C’est une alliance ?

De sa main droite, Nyle couvrit son annulaire gauche ceint d’un petit anneau d’or. Le gris vague de ses yeux se pétrifia.

- Qu’est-ce que ça peut te faire ?

Levan serra les dents. Cet homme était vraiment le genre de personne qu’il méprisait au plus haut point. Il était marié, mais passait pourtant ses journées à suivre des femmes et ses nuits à errer dans la ville en commettant des meurtres sanguinaires. Quelle épouse méritait un sort pareil ?

Il sentit le petit museau humide de Nouh’ se frotter derrière son oreille, comme pour le calmer, et revint à la raison. Ce n’était pas le moment de s’emporter contre ce crétin, il avait vraiment besoin de lui …

Ce fut donc de son ton le plus diplomate qu’il poursuivit :

- Ce n’est pas un enlèvement à proprement parler, je parlerais plutôt de … réquisition. J’ai besoin que tu me rendes un service.

Un ange passa. Nyle, se haussant contre ses oreillers avec une grimace douloureuse, toisa attentivement Levan.

- Les flics te mangent dans la main ; je suis un éclopé dont l’intégralité de la pègre sur l’Archipel veut la peau. Qu’est-ce que je peux bien pouvoir faire pour toi ?

- Je te l’ai déjà demandé, l’autre jour, dans la ruelle, répondit Levan. Je dois absolument retrouver Ceallach.

Nyle cilla, la méfiance qui émanait de lui devint encore plus oppressante.

- Elle a disparu de la circulation il y a des années, répliqua-t-il, presque à voix basse.

- Je sais, je ne te demanderais rien, si j’avais su où la trouver.

- Elle est peut-être morte.

- Bien sûr que non. Tu travailles pour elle.

Le rire veule de Nyle se brisa dans l’air chargé de calmants.

- D’où sors-tu cette ineptie ?

Levan, de son gros index, tapota Nouh’ entre les deux oreilles. Les dents nacrées du blessé se découvrirent ironiquement.

- C’est ce… rongeur, qui t’a filé le tuyau ? A croire que j’ai été interné dans un asile…

Il s’interrompit avec une légère plainte lorsque Levan l’avait saisi par le col de sa chemise et forcé à se redresser.

- Tu as vraiment le chic pour m’énerver, bonhomme. Ce rongeur, comme tu dis, est doté d’une myriade de dons, parmi lesquels se trouve celui de détecter la magie. Entre autres, celle de Ceallach, qui colle encore à ta peau. Je n’ai aucune idée de la raison qui t’a poussé à abattre les parrains, et à vrai dire je n’en ai rien à faire. Je suis à Jannat pour mes propres intérêts, tu es le seul qui puisse m’aider actuellement, alors on va être obligés de rester ensemble quelque temps. Eu égard à tout cela, ainsi qu’au fait que tu me dois la vie, je pense mériter un peu de respect, du moins une once de politesse, de ta part. D’accord ?

Nyle ne pipa mot, mais pâlit à un tel point que les remords assaillirent le massif compagnon de Nouh’. Lentement, il relâcha son étreinte et laissa retomber le convalescent sur le matelas. Essuyant ses mains devenues moites au revers de son veston, il se leva et s’éloigna du lit, le lérot toujours agrippé à son épaule.

- On en parlera de nouveau quand tu seras reposé, bougonna-t-il avant de quitter la pièce.

 

 

***

 

            La clinique clandestine vaguement citée par Levan n’en était en fait pas vraiment une. L’homme au loir avait loué tout le deuxième étage d’un petit hôtel de Jannat la vieille, et graissé la patte du propriétaire pour qu’il ferme les yeux sur les allées et venues les jours suivants. Comme sur l’Archipel, tout s’achetait, il avait aussi incité, moyennant quelques liasses, un médecin de l’hôpital central de la capitale à se porter malade, pour prendre soin de son précieux invité du soir au matin.

Nyle, plongé la plupart du temps dans une torpeur maladive, se laissa docilement soigner. Le médecin, habitué aux coutumes locales, se montrait très taciturne. Le convalescent pressentait qu’user son peu de forces à l’interroger sur Levan serait parfaitement inutile. Leurs conversations de bornaient donc à : « Je vous fais mal, là ? » et « Aïe. ». Lorsqu’il terminait sa visite, le médecin quittait la chambre sans verrouiller la porte derrière lui. Nyle ne montra pas plus d’enthousiasme de ce côté-là. A coup sûr, moult mauvaises surprises l’attendraient dès le seuil franchi.

S’il devait tenter une évasion, ce serait uniquement une fois à peu près rétabli. Il choisit donc d’attendre dans le calme sa guérison. De longues journées s’écoulèrent, se suivant sans différer vraiment les unes des autres. Le médecin était sa seule distraction, car il lui apportait aussi ses repas – trois fois par jour, peu copieux mais complets.

Nyle put bientôt se mettre en position assise sans grogner de douleur. Il en profita pour réclamer un quotidien à son geôlier en blouse blanche, et se mettre au fait du climat qui régnait sur Jannat.

Une semaine avait passé depuis l’assassinat de Rakhan. Nulle mention ne figurait dans les journaux, mais il était probable que le remplacement du parrain n’avait pas tardé à s’effectuer. En effet, un épicier de son territoire avait été assassiné, mais la presse ne lui avait accordé que quelques lignes. Elle était donc à nouveau fermement muselée. Nyle espérait que la relève n’était pas assurée par Zemlin. Le simple souvenir de ses yeux couleur de chair pâle lui donnait des envies de crever.

 

                                  Au bout d’une douzaine de jours, le prisonnier se lassa de chercher des visages et des noms dans des articles mal écrits. Et puis, ce matin-là, le soleil avait quelque chose de si franc…la lumière rappelait à la mémoire du jeune homme un souvenir très doux.

La gorge serrée, il s’aventura hors du lit. S’agrippant aux meubles, il parvint à tituber jusqu’à la fenêtre et, ahanant, il se recroquevilla contre le rebord. Son sourire pétilla une seconde. Si ce n’était pas une hallucination, la vue était splendide. L’hôtel, juché à la naissance des falaises qui étreignaient le reste de l’île, surplombait Jannat la Vieille. Les bicoques de pêcheurs offraient une mosaïque de toits rouges et bleus, l’océan sans écume était hérissé de voiles.

Le lendemain, quand l’aube tira Nyle d’un rêve de vagues aux yeux turquoise, le petit déjeuner était confortablement installé sur un chariot, mais nulle trace du médecin. Le patient l’attendit toute la journée et, rendu maussade par sa solitude inexpliquée, ne quitta pas son matelas.

La porte de la chambre ne se rouvrit qu’au crépuscule ; Levan haussa un sourcil.

- Même pas debout ?

Il posa tout de même les béquilles qu’il avait apportées contre le mur, à portée de main de Nyle, qui s’en empara.

- Promis, je galoperai vers toi avec enthousiasme, la prochaine fois, soupira-t-il.

Il cala les béquilles contre ses avant bras, et claudiqua à travers la chambre, sous le regard satisfait de son sauveur.

- Ça a l’air d’aller mieux.

- Je marcherai peut-être le reste de mon existence avec une canne, répliqua sombrement Nyle.

Il n’était pas en colère, mais triste, ce qui l’insupporta. Il changea donc de sujet.

- Le petit poilu n’est pas venu, cette fois ?

Levan secoua la tête.

- Tu ne lui fais pas bonne impression… et puis il avait à faire.

- Ah…fit Nyle, en s’interrogeant à propos de ce que pouvait bien signifier « avoir à faire » pour un loir.

Les deux hommes se tinrent cois un instant, chacun se demandant qui exactement était l’autre. Levan se rappela de ce que lui avait dit son père, avant qu’il ne parte. Lorsque que quelqu’un avait été ensorcelé, cela pouvait se détecter jusque dans son regard. Il détourna la tête le premier.

- Nous partirons la semaine prochaine. Ne t’inquiète pas, nous n’aurons pas à marcher.

- Si je suis censé te guider jusqu’à ma patronne, j’en doute fort.

Levan soupira en son fort intérieur. Au moins Nyle avait l’air d’admettre qu’il était inutile de résister à la coopération qu’on lui imposait, sur le principe.

Comme s’il lisait dans les pensées de l’armoire à glace, le convalescent eut une moue quelque peu méprisante mais se garda de faire un commentaire. Levan aurait bien assez tôt un aperçu de la bonne volonté dont il pouvait faire preuve.

 

***

 

Réveillé par l’étrange bruit de trompette qui venait de retentir au pied de l’immeuble, Nyle sortit le nez de ses bras repliés. S’ennuyant à mourir, il s’était assoupi au bout d’une longue contemplation du morne horizon océanique. Il jeta un œil dépité à son reflet dans la vitre, chercha l’origine de ce son pour le moins inhabituel et retint une exclamation d’étonnement.

Lorsque Levan rentra dans sa chambre, portant encore ses gants de cuir et son casque, le Tueur aux yeux de brume constituait l’incarnation vivante de l’indignation.

- Tu ne comptes tout de même pas me faire monter là-dedans !siffla-t-il.

Le sourire-grimace de son interlocuteur, plus large que jamais, était de très mauvais augure, quand il invita Nyle à le suivre hors de la pièce. Ce dernier aurait bien aimé amplement profiter de ses premières bouffées d’air libre depuis des lustres, mais le spectacle du moyen de transport qui lui était présenté obstrua tous ses sens.

Il s’agissait d’une sorte de moto, à ce détail près que ses épais pneus étaient au nombre de trois, un à l’avant, deux à l’arrière. Outre le fait que l’espace réservé aux passagers fût considérablement réduit par sa concurrence avec un coffre de voyage, le châssis partiellement rouillé et la carrosserie maculée de tourbe étaient annonciateurs de beaux roulés boulés en cas de virage pris trop vite. Sur le garde-boue, on pouvait déchiffrer le nom de la créature : L’Ourasi.

Trônant sur le guidon chromé, Nouh agitait ses moustaches avec entrain.

- Nous n’allons quand même pas traverser l’île dans ce… tricycle ! s’exclama Nyle, en désignant l’engin d’une de ses béquilles tremblantes.

- Désolé, mais tu n’es pas en mesure de faire des caprices de diva, alors mets ça et, et en voiture ! Le coupa immédiatement Levan en lui tendant un casque. Et puis j’ai fait une véritable affaire, ce genre de bécane ne se trouve presque plus.

- On se demande pourquoi, maugréa Nyle en serrant la sangle sous son menton.

Il prit place aux côtés de Levan sur le siège de vieux cuir, et cala ses béquilles entre ses jambes. Nouh sauta sur l’épaule du conducteur, qui posa délicatement ses paluches sur le guidon. Avant de démarrer, il se tourna vers Nyle.

- Ecoute, si tu as quelqu’un à prévenir, de la famille, ou … une femme, on peut se débrouiller, avant de partir…

- C’est inutile, répondit Nyle, en enfonçant ses mains dans ses poches.

Levan voulut lui faire une remarque mais se ravisa et haussa les épaules.

- Á ta guise.

D’une manière que Nyle jugea tout à fait puérile, il donna un coup de talon sur la pédale qui, faute de l’arracher, fit gronder le moteur. Au bout d’une terrible seconde - certains auraient pu dire que le temps y avait suspendu son vol -, L’Ourasi s’ébranla et entama la pente douce qui amenait la route vers le pied des falaises. Rendue audacieuse par la descente, l’étrange moto accéléra progressivement. Levan goûta avec bonheur aux embruns qui lui fouettaient le visage ; Nyle, jurant de détresse, se recroquevilla dans son siège.

L’horizon marin se rehaussa, Jannat la vieille quitta ses atours de jolie maquette, et les relents des restes de criée laissés au soleil couvrirent l’air iodé. Les vieux marins, que rien ne surprenait, cillèrent à peine en se poussant pour laisser passer L’Ourasi dans les rues les plus étroites. Les touristes, eux, poussaient des exclamations ravies à la vue de ce nouveau détail d’une île décidément très pittoresque, mais Levan ne se laissa pas perturber par l’agitation et poursuivit vaille que vaille l’épique traversée de la ville.

- Nous sortirons par le quartier des ruines, précisa-t-il, au grand soulagement de Nyle.

Au vu des relations qu’entretenait le jeune homme avec le syndicat du crime,  mieux valait quitter Jannat par la petite porte, sans aller narguer l’ennemi dans la partie neuve de la capitale.

 

                                  L’ombre filiforme de quatre pattes maigres dansa sur le marbre usé d’un ancien temple. Un dingo, dont les côtes saillaient sous les flancs roux, se promenait à travers le quartier fantôme, en quête de petits rongeurs ou de vivres laissées par des vagabonds de passage. Il sortit du lieu de culte, dont la splendeur n’était plus qu’un souvenir, et de son pas tranquille s’avança sur un chemin bondé de nids de poule. De-ci de-là, il s’arrêtait, retournant une pierre d’un coup de truffe, battant l’air de sa langue pendante. Le soleil faisait crisser une cigale, et le chien sauvage, trop affamé pour faire la fine bouche, guettait le reflet noir de sa carapace.

Un crachotement mécanique mit fin à ses recherches ; il leva la tête, les oreilles dressées, et vit L’Ourasi débouler au détour d’un virage. Prudemment, l’animal s’abrita au creux d’un mur éventré. Ses yeux de cuivre suivirent les contorsions effectuées par l’étrange moyen de transport pour éviter les ornières ; il se maintint hors de la vue des occupants, mais les dévora du regard.

Lorsque le véhicule ne fut plus qu’un point sautillant, le dingo jappa et le suivit au petit trot.

 

 

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