Archipel (II)
Retrouvailles d’inconnus
Les perles enchâssées dans le rideau qui séparait la petite salle du couloir cliquetèrent lorsque Zemlin rejoignit le poste de garde. La sentinelle, la tête renversée en arrière, ronflait comme un bienheureux. Zemlin le contempla un instant avec un mélange de mépris et d’amusement, puis le réveilla d’une petite tape sur l’épaule. Le dormeur sursauta violement, manqua de tomber à la renverse, et mit quelques secondes à reconnaître les traits taillés à la serpe de son supérieur. Il se leva, comme monté sur ressorts.
- Ah, heum, vous êtes là ! Je réfléchissais, en fait…
Zemlin leva un bras pour l’inviter à se taire.
- On discutera de ta manière de réfléchir une autre fois.
Ses yeux couleurs de glace, clairs comme ceux d’un aveugle, sondèrent les jardins plongés dans l’obscurité qui s’étendaient autour d’eux.
- Les flics sont en place ?demanda-t-il sans se détourner de la fenêtre.
Le garde opina lentement, encore un peu engourdi, et désigna de l’index quelques buissons, puis le portail, au loin, ainsi que les voitures aux vitres teintées garées de l’autre côté de la rue voisine.
- Ils n’ont pas bougé depuis le début.
Il montra ensuite un petit poste de radio, sur lequel avaient été abandonnés un sandwiche à moitié grignoté et un gobelet vide.
- Si vous voulez, ils nous ont donné leur fréquence.
Zemlin haussa les épaules avec un petit « pff » de mépris.
- Tu parles, ils vont passer toutes les infos importantes par les canaux de secours.
Il tira une longue pipe noire de la poche de son veston, la bourra et l’alluma. Le garde, après avoir tourné sept fois au moins la langue dans sa bouche, se racla la gorge.
- Hum, z’avez pas l’air très content…
Zemlin pouffa d’un rire qu’il avait détestable, sec et saccadé, épuisé par la haine.
- Les poulets encerclent la propriété, Rakhan se cache sous son lit, et nous, on attend les bras croisés que le Tueur de parrains se fasse serrer par d’autres que nous. J’ai des raisons d’être content, imbécile ?
L’interpellé se tint silencieux, mi vexé, mi soumis. Zemlin fit un rond de fumée qu’il détruisit d’une pichenette.
- Je lui aurais bien fait son affaire, à cet emmerdeur… Bon, je continue ma tournée. Veille au grain, et que je ne te reprenne plus à dormir.
Sans écouter les excuses marmonnées par la sentinelle, le bras droit du quatrième parrain de Jannat quitta la pièce. D’un pas de félin, il parcourut le long couloir par lequel il était venu en sens inverse, son ombre élancée ondulant sur les murs tapissés de paille de riz. Un silence de mort régnait dans la riche demeure, les pièces habituellement bondées à cette heure avancée de la soirée étaient désertes. Depuis le jour où la mort de Lemral avait été annoncée, Tirr Rakhan n’avait plus mis le nez dehors, et n’accueillait plus personne sous son toit. Il tremblait de peur à l’idée d’être la prochaine cible du Tueur, se cloîtrait dans sa chambre pour ne plus recevoir que les visites de sa gouvernante et de ses plus proches collaborateurs ; Zemlin était l’un deux, mais avait vite cessé de répondre aux invitations de son patron, dégoûté par ce qu’il considérait comme la lâcheté la plus pathétique. Depuis qu’il avait vu Rakhan, le teint jaune, les mains tremblantes, le supplier presque de doubler la garde aux portes de la maison, un sentiment amer de trahison avait mis à mal deux décennies de fidélité.
Comment l’un des hommes les plus puissants de l’Archipel, un meneur d’hommes, descendant d’une famille dont les ancêtres de Zemlin avaient toujours été les serviteurs, pouvait-il pleurer comme un enfant à la seule évocation du Tueur ? Comment avait-il pu s’abaisser à accepter la protection policière que leur avait offerte cette jolie sergente, et consentir à passer un marché avec eux ? Négocier avec la flicaille, mettre sa vie entre leurs mains… Quel maître du crime fallait-il qu’il soit pour accepter pareil déshonneur ? Zemlin en avait presque la nausée. S’il avait été à la place de Rakhan, les choses ne se seraient pas passées comme ça. Ce Tueur avait beau ne pas avoir de visage, il lui aurait cassé le moindre os de la figure pour lui faire payer le fait d’avoir essayé de s’attaquer à lui. Il ne se serait pas fait égorger comme du bétail, comme Lemral, et comme les autres, et il se serait flingué plutôt que de se soumettre aux ordres de la police…
Quand il atteignit le bout du couloir et fit coulisser la cloison qui le séparait de la salle centrale, il réalisa que ses poings étaient si crispés que ses phalanges avaient blanchi. Il inspira profondément pour se calmer quelque peu. Cette situation lui faisait perdre tout contrôle de lui-même, il détestait tourner comme un fauve en cage dans cette immense maison… Il s’arrêta devant une petite fontaine intérieure, merveille d’architecture zen, délicat assemblage de roches noires, d’eau scintillante et de mousses odorantes. Les clapotis de la petite cascade qui emplissaient l’air ricochèrent en vain dans l’esprit furieux de Zemlin.
Une femme de chambre passa en l’évitant du regard, ce qui le fit sourire intérieurement. Il faisait peur au petit personnel, tout comme à ses hommes, il exerçait sur eux la même fascination que le cobra sur la mangouste… non pas à cause de la balafre qui striait sa joue, ou de son sinistre rire, mais pour son regard presque blanc, dont les pupilles de cristal étincelantes de bestialité confirmaient toutes les horribles légendes qui circulaient sur son compte. Et, nom d’un chien, il adorait ça, les têtes baissées à son passage, les compliments obséquieux des chefs d’entreprises aux dents longues qui se faisaient tout petits quand il venait leur soutirer l’argent qui leur permettrait de vivre en paix. Il se sentait tellement vivant, quand les autres mourraient de terreur avant même qu’il ait levé la main sur eux, il aimait être le monstre qu’on avait fait de lui…un monstre enfermé pour le moment, contraint par son maître à se tenir tranquille pour cette nuit.
Et pourtant, il avait terriblement envie de se mesurer au Tueur, il sentait en lui un bon adversaire, quelqu’un, peut être, qui ne tomberait pas à genoux pour l’implorer de l’épargner… pas immédiatement, du moins. Il se sentait vraiment lésé, floué. Pour une fois que les choses se présentaient sous un jour intéressant, dans cette ville pourrissante !
Il sortit sur le parvis de la demeure, les mains dans les poches, le nez en l’air. Le bruit d’une conversation à mi-voix parvint à ses oreilles. Ces policiers n’étaient vraiment pas doués pour la discrétion… Il fallait dire que les années passées à se faire soudoyer pour fermer les yeux sur les agissements des barons de la pègre les avait empâtés. Le Tueur allait-il passer entre les mailles de leur filet ? Zemlin se serait avoué déçu du contraire ; qu’ils le retardent serait déjà pathétique…
Un courant d’air tiède frôla son visage, lui apportant une odeur saugrenue pour une brise d’été. Les narines dilatées, il inspira profondément, tentant de capter à nouveau cette fragrance particulière, aux accents de peau et de cheveux, mais il ne flottait plus dans l’atmosphère que l’odeur aigre de la terre et celle, plus douce, des fleurs en boutons.
Ce très léger changement aurait pu paraître bénin à n’importe qui, mais pas à Zemlin. Il avait guetté dans la nuit trop de fois pour croire à un tour de son esprit.
Il fit volte-face et revint à l’intérieur, prenant soin de bien fermer les battants de chêne derrière lui, emprunta un nouveau corridor et déboula dans les dortoirs des quelques hommes restés sur place en cas de problème. Il frappa dans ses mains sans trop d’égards pour les beaux songes qu’ils auraient pu faire et les somma de se lever en quatrième vitesse.
- Je veux deux hommes à chaque issue dans la minute !
- Qu’est-ce qui se passe, M’sieur Zemlin ?s’enquit un sbire plus courageux que les autres.
Zemlin était si excité qu’il ne prit pas la peine de l’insulter :
- Le Tueur, souffla-t-il, un rictus découvrant ses canines pointues comme des crocs.
Sans attendre ses hommes, il ressortit et gagna au pas de course le poste de garde dans lequel il s’était rendu quelques minutes plus tôt.
- Il est rentré, tu as vu quelque chose ?demanda-t-il précipitamment.
La sentinelle, qui cette fois ne réfléchissait plus, secoua la tête en bégayant que rien n’avait bougé, que pourtant, elle avait fait bien attention…
- Pas grave, maugréa Zemlin, au grand étonnement de son subordonné. Je m’y attendais.
Il ouvrit ce qui, au premier abord, avait l’air d’un placard, mais s’avéra finalement être une sorte de tableau de commandes hérissé de manettes. Zemlin actionna quelques leviers, maîtrisant à grand peine les tremblements extatiques de ses mains. Dans les cloisons, tout autour de lui, des rouages gémirent, des cordes coulissèrent autour de poulies grinçantes dans un frottement sec, et comme un gros chat qui s’étire, la maison s’agita. Les panneaux de bois glissèrent, mus par le mécanisme central, et clorent en quelques secondes toutes les pièces de la maison, étouffant les fenêtres et escamotant les portes. Le piège avait refermé ses mâchoires.
Zemlin dégaina son revolver et retira le cran de sûreté, frôlant avec délices l’acier du canon du bout de ses longs doigts. Le Tueur était fait comme un rat, il n’avait plus qu’à parcourir une chambre après l’autre pour le débusquer. Le glissement des panneaux avait créé exactement vingt-et-une pièces.
Vingt…
Un hurlement horrible, presque porcin, déchira le calme orageux de la nuit.
… et une.
Zemlin grogna un juron. Il n’avait quand même pas déjà… Il repoussa l’un des leviers qu’il avait actionnés, libérant ainsi la partie avant de la maison, celle où étaient cloîtrés tous ses hommes. Il avait pensé pouvoir se passer d’eux et s’amuser un peu tout seul, mais là, il y avait urgence. Il courut dans la salle centrale et couvrit les fredonnements de la fontaine de sa voix tonnante :
- TOUT LE MONDE, ICI, TOUT DE SUITE !
Zemlin n’était pas homme à crier ; quand c’était le cas, il était écouté. En dix secondes, la poignée de gros bras que comptait la maison s’était déployée autour de lui.
- Vous êtes tous ici ?
Ils hochèrent la tête à l’unisson, intimidés par ce meneur plus petit qu’eux, mais dont les accents vipérins donnaient des frissons. De plus, en cet instant, il fulminait plus que jamais.
- Tous, vous êtes sûrs ?
- Oui, M’sieur Zemlin.
- J’avais dit DEUX HOMMES à la porte des quartiers du chef ! Qu’est-ce que vous foutez tous devant moi, alors ?rugit-il en se jetant contre la porte la plus proche et en y appuyant ses paumes.
- On se disait que, comme il y avait les flics…
- Depuis quand on leur fait confiance ?vociféra Zemlin, et le battant contre lequel il s’appuyait devint mou comme de la glaise.
Il n’eut qu’à lui donner un coup d’épaules pour l’abattre, et fondit aussitôt sur la porte suivante.
- Vous l’avez entendu comme moi, hein, bande de crétins ! Il a peut être déjà eu la peau du patron !
Le bois ramollit à nouveau. Bang ! Il se brisa sans résistance. Sous les regards effarés des sbires, une troisième porte céda.
Bang !
- Rakhan est mort, à coup sûr, râla Zemlin.
Bang !
- Vous allez me sentir passer, quand tout sera fini !
Bang !
A mesure qu’il s’approchait, il baissa le ton, attentif au moindre son. Il n’entendait ni ne percevait plus rien, mis à part ses propres renâclements de colère, et les grognements qui lui échappaient sous l’effort. Le Tueur restait invisible. Comment diable avait-il pu passer aussi rapidement outre le cordon de police et, plus extraordinaire encore, échapper à sa vigilance ? Il fallait le retrouver et le coincer avant que les flics ne rappliquent, auquel cas il faudrait le leur abandonner sans même lui faire laver l’affront qu’il avait fait au clan Rakhan !
La traversée de la propriété et la méthodique démolition de son intérieur s’étendirent sur une dizaine de minutes. Quand enfin il atteignit la porte en ébène sculpté des quartiers de Rakhan, Zemlin s’accorda le temps de reprendre son souffle. Il avait mal jusqu’au bout des ongles, ses prunelles pâles en étaient voilées, mais cela avait sur lui un effet terriblement stimulateur. Une véritable expression de plaisir planait sur ses traits avilis.
Par signes, il somma deux hommes d’enfoncer la porte à sa place, et aux autres d’attendre derrière lui. Ainsi que le panneau glissé devant elle, elle céda au bout de quatre coups de leurs vigoureuses épaules.
Zemlin se glissa dans la pièce le premier, et ne fut accueilli que par l’ombre et le silence. La lumière diaphane de la lune, filtrant à travers les stores, gouttait sur les draps du lit défaits… et dans la flaque de sang qui s’étendait sur le parquet. L’homme de main n’eut que le temps d’apercevoir la main aux doigts encore crispés de son chef, qui dépassait de sous le lit. Le Tueur se laissa tomber sur lui, surgissant du plafond où il s’était perché, le déséquilibra et l’envoya rouler sur le sol, faisant exploser l’arrête de son nez. Zemlin vit luire la flamme blanche d’un poignard, tout près de son visage, et s’il avait été seul, il aurait vu venir sa dernière heure ; deux de ses hommes de mains se jetèrent dans la mêlée, projetant le Tueur sur le côté. Une courte lutte s’engagea, de laquelle les sbires de Rakhan sortirent vainqueurs. Leur adversaire, très agile mais moins bien constitué qu’eux et piégé dans un espace très réduit, céda vite sous leurs coups. Un revers bien placé le jeta contre le mur le plus proche, où on le maintint immobilisé.
- On le tient, M’sieur Zemlin !
Pressant sous ses narines un mouchoir qu’il avait tiré de sa poche, l’homme aux prunelles livides s’approcha de sa proie, qui se débattait vainement entre les mains des armoires à glace. Le Tueur était jeune, Zemlin en fut surpris, il ne devait pas avoir plus de vingt-cinq ans. Son regard couleur de brume soutint farouchement le sien lorsqu’ils se dévisagèrent, et Zemlin eut un sourire cruel :
- Fini de courir, bonhomme…
Le cri que poussa le Tueur fit frissonner les arbres tout autour de la maison, lorsqu’il s’effondra dans les bras de ceux qui le retenaient ; Zemlin l’attrapa par une poignée de ses boucles noires et haussa son visage vers le sien, jusqu’à ce que leurs nez se touchent presque. La voix reptilienne du mafieux susurra doucereusement :
- C’était pour le patron, ça. Tu croyais pouvoir nous échapper encore longtemps, dis-moi ?
Le Tueur, fou de douleur, ne répondit pas. Zemlin le secoua un peu pour le réveiller :
- Quel est ton nom ? Qu’est-ce que tu veux à la pègre de cette ville, hein ? Tu ne crois pas qu’elle est bien comme elle est ?
L’autre se contentait de claquer des dents. Zemlin respira profondément, humant l’odeur chaude du sang qui coulait le long de la jambe de sa victime. Il était déçu, vraiment déçu. Il avait cru pouvoir se battre, peut être même avoir un peu peur, mais une fois de plus on lui tombait tout cuit sous la main. Il aurait quand même du y aller seul, ç’aurait été plus drôle…
- Tu m’ennuies beaucoup, tu sais, déclara-t-il laconiquement. Je suis certain que tu pourrais m’amuser un peu plus en me racontant ce que tu fais là et qui t’envoie.
Il lui agita sous le nez son revolver encore fumant, et le Tueur, s’il avait pu être un peu plus livide, le serait devenu.
- Allons, je suis sur que tu tiens à ta seconde rotule.
L’un des sbires qui assistait à la scène déglutit. Amis ou ennemis, Zemlin terrifiait tout le monde dans ce genre de situation. Ses yeux, en s’injectant de sang, prenaient une inquiétante couleur de chair.
Heureusement, la volonté déjà fragile du Tueur céda sous le coup de la terreur et du malaise. Dans un hoquet de souffrance, il lâcha :
- Nyle… je m’appelle Nyle.
Consterné, Zemlin se releva et fit signe à ses associés de libérer leur prisonnier, qui s’étendit sur le dos, les mains crispées sur son genou pulvérisé. Quel piètre personnage, décidément. Il n’avait même pas résisté longtemps avant de passer à table…
- Alors ta langue se délie ?murmura-t-il, le mépris au bout des lèvres.
Il ne sut jamais ce que Nyle allait lui raconter, ni même s’il allait effectivement lui dire quelque chose. Une puissante explosion les projeta à terre, un nuage de poussières et de débris gonfla dans la chambre, et Zemlin rugit de colère en voyant s’engouffrer par une brèche toute fraîche des uniformes bleus. Il laissa tomber son regard brûlant d’une haine froide sur le Tueur, qui s’était laissé aller à son malaise, terrassé par cette dernière agression, et jura à tous les Dieux et au Destin qu’il achèverait un jour cette conversation.
Nara Zaïn regarda la lune disparaître derrière les volutes de fumée. Les sirènes des pompiers allaient bientôt recouvrir les cris affolés du personnel de la maison… C’était une belle débandade. Les hommes de Rakhan qui n’avait pas été trop sonnés par l’explosion fuyaient par toutes les issues de la maison comme des grains de blé s’échappant d’un sac trop plein. Certains policiers les prirent en course sans trop de conviction, peu enclins à gaspiller leur sueur pour ces véritables anguilles judiciaires. D’autres fouillaient les quelques décombres, à la recherche de corps ou de blessés.
On sortit bientôt d’un amas de planches le cadavre flasque de Rakhan. Le sergent Zaïn esquissa un sourire satisfait en posant son regard sévère sur le visage encore déformé par la terreur du parrain. Apparemment, ils n’étaient pas intervenus trop tôt, l’hydre du crime avait encore perdu une tête. Oh, bien sûr, une autre repousserait bientôt à sa place, mais les âmes criminelles de la capitale allaient connaître avant une période d’incertitude. Nara pourrait alors profiter des quelques jours de désarroi qui lui seraient laissés pour se glisser dans les failles et, qui sait, prendre le pas sur la peur qui paralysait les mouvements de ses supérieurs.
L’officier de police franchit le périmètre de sécurité, contre lequel se pressaient quelques badauds. Enjambant le mur en ruine, elle entra dans la pièce éventrée ; deux infirmiers étaient accroupis auprès d’un homme encore à terre. Elle haussa sur la pointe des pieds pour voir par-dessus leurs épaules :
- Comment va-t-il ?demanda-t-elle.
- Quelques contusions, mais il s’est pris une balle dans le genou. Il s’en sortira.
Elle examina les traits crispés du blessé, passablement surprise. Elle héla un jeune agent qui retournait du bout du pied les débris d’un vase en porcelaine.
- Vous êtes sûr qu’il n’appartient pas à la maison Rakhan ?
- Absolument, Sergent, assura le policier, un peu intimidé. Il n’a jamais été vu dans les parages et ne porte aucun tatouage distinctif.
Nara fronça les sourcils. Qui voulait lui faire croire que c’était ce gamin qui avait plongé les syndicats du crime dans la terreur ? Il correspondait néanmoins exactement au signalement que lui avait donné cet étrange gaillard accompagné d’un loir… Mais qu’est-ce que c’était que cette histoire ?
... on ne le saura jamais!